Ségolène Royal écoute attentivement un intervenant,
lors de l'Université Participative de Désirs d'Avenir, sur la Crise le 15 juin 2009
Hier soir pour la 3ème fois, Ségolène Royal ouvrait grand les portes de son université populaire et participative à plus de 800 personnes venues écouter 3 heures durant à la fois de brillants économistes mais aussi des acteurs de
terrain de l’entreprise (patrons, syndicalistes) et de jeunes politiques.
Ségolène Royal
a fait une très courte déclaration, s’exprimant assez peu sur les élections européennes et l’état du PS. Elle a plutôt laissé la parole à ses invités.
Et c’était un peu Harvard-sur-Seine. Enfin surtout un Harvard de gauche !
Un Harvard populaire et ouvert à toutes et à tous !
Parmi les économistes, se sont exprimés hier Jacques Attali que l'on ne présente plus, Philippe Aghion, professeur d’économie à Harvard et qui coordonne le groupe des 20 économistes
travaillant avec Ségolène Royal, Jean-Paul Fitoussi, président de l’OFCE, en duplex depuis Rome, mais aussi Yann Algan, qui vient de recevoir le prix du meilleur jeune économiste français et a beaucoup travaillé sur la confiance comme condition d’émergence
d’un nouveau modèle de développement.
Jacques Attali s’est exprimé en premier.
Après avoir remercié Ségolène Royal et déclaré qu’elle avait été l’espoir de la gauche et qu’elle le serait encore, Jacques Attali a démontré que le G20 n’avait en rien modifié le capitalisme financier régnant mais avait surtout permis de renforcer la domination du capitalisme
anglo-saxon, battant en brèche l’autosatisfaction de Nicolas Sarkozy sur le sujet.
Pour ma part, j’ai découvert Yann Algan, que je ne connaissais pas. J’ai trouvé très intéressant son travail sur la confiance, la confiance dans les autres, dans les partenaires sociaux et
dans les institutions, une confiance absolument nécessaire à notre vie de citoyens mais aussi nécessaire à la croissance économique et à notre développement.
Yann Algan a travaillé sur des études statistiques réalisées depuis de très nombreuses années de manière simultanée dans les pays industrialisés. Ses recherches démontrent que la défiance
généralisée, qui sévit en France, explique « dans une large mesure pourquoi la France a du mal se réformer et pourquoi la France a du mal à mettre en place un état-providence généreux ». Il
a aussi démontré que cette défiance n’est pas une « tare culturelle », à laquelle on peut échapper et que l’on peut mettre place.
Les données présentées hier par Yann Algan sont effectivement très frappantes :
Ainsi « plus de 50% des Français pensent que pour arriver au sommet, il faut être corrompu ». La France est située sur cette question dans le même groupe que la Russie ! Et comme le
disait Yann Algan, le règne de Sarkozy et de la bande du Fouquet’s n’arrange pas les choses.
Et quand 2 Scandinaves 3 pensent que l’on peut faire confiance aux autres, on ne trouve qu’un seul Français sur 5 pour penser la même chose ! Yann Algan démontre que cette société de la
défiance généralisée a un coût économique et humain considérable pour le pays.
Il démontre aussi chiffres et graphes à l’appui que les pays les plus égalitaires en termes de redistribution sont aussi ceux où l’on se fait le plus confiance. Les dérégulations passées, ayant
accru les inégalités, ont contribué à détruire le niveau de confiance. Yann Algan explique que la transparence dans la redistribution et dans la vie économique et citoyenne contribue à élever le
niveau de confiance et à rendre par exemple les économies scandinaves très performantes.
Pour en finir avec cette société de la défiance qui nous plombe, Yann Algan a proposé de nombreuses pistes, comme une plus grande transparence, une meilleure redistribution, des syndicats
de services eux aussi forts et transparents mais aussi des changements importants au niveau de l’éducation :
« Nous avons un système éducatif extrêmement castrateur, qui dès la petite enfance prépare non pas aux normes de sociabilisation, mais beaucoup plus à la connaissance pure. On a abouti à une
école maternelle où l’on apprend l’alphabet et l’algèbre alors que les petits scandinaves apprennent les normes de sociabilisation, sans notes (…) et les seules choses que l’on trouve dans les
programmes, c’est développer les modes de coopération. J’aimerais vraiment que la France s’en inspire ! »
Le jeune économiste Yann Algan lors de l'Université Participative organisée par Ségolène Royal et Désirs d'Avenir le 15 juin 2009